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Lupus et complexité de la tolérance immunitaire

Le lupus érythémateux systémique est une maladie auto-immune complexe, caractérisée par la production d'auto-anticorps et par des processus inflammatoires pouvant toucher différents organes. L'activité des lymphocytes B, l'équilibre entre les populations Tfh, Tfr et Treg ainsi que la régulation métabolique via mTOR constituent des domaines importants de la recherche immunologique. Dans le livre « La scelta di Vivere in Salute o in Malattia », le Dr A. Colonnese et R. Panzironi approfondissent ces mécanismes et les perspectives offertes par l'étude de l'immunométabolisme.

Citer cet article
Colonnese, A. & Panzironi, R. (2026). Lupus et complexité de la tolérance immunitaire. Le choix de vivre en santé ou en maladie. https://lifesciencehub.info/fr/la-scelta-di-vivere-in-salute-o-in-malattia/lupus-et-complexite-de-la-tolerance-immunitaire
Le choix de vivre en santé ou en maladie · ISBN 979-12-82692-04-5

DOI lsh.fr.libro.9

  • Publication 05/11/2026
  • Mise à jour 05/11/2026
  • LUPUS ÉRYTHÉMATEUX
  • IMMUNOMÉTABOLISME
  • MTOR/HIF-1Α
  • LYMPHOCYTES TH17/TREG
  • HYPERINSULINÉMIE
Schéma immunométabolique avec cascade insuline-mTOR, déséquilibre Th17/Treg et Tfh/Tfr, glycolyse médiée par HIF-1α et production d'auto-anticorps.
Infographie du lupus érythémateux systémique : la voie insulinique INSR–IRS-1/2–PI3K–AKT converge vers mTOR, mTORC1/2, HIF-1α et la synthèse protéique ; l'augmentation des Th17 et du rapport Tfh/Tfr, associée à une réduction des Treg, accompagne l'activation des lymphocytes B, les auto-anticorps et la perte de tolérance, tandis que le sirolimus et la vitamine D sont indiqués.

ABSTRACT

Le lupus érythémateux systémique (LES) est une maladie auto-immune complexe dans laquelle la dérégulation immunitaire et les altérations métaboliques sont étroitement liées. Dans le livre « La scelta di Vivere in Salute o in Malattia », le Dr A. Colonnese et R. Panzironi approfondissent les mécanismes immunométaboliques impliqués dans la perte de tolérance et la persistance de l’inflammation systémique.

Le déséquilibre entre les lymphocytes Tfh et Tfr favorise l’activation des lymphocytes B et la production d’auto-anticorps, tandis que l’augmentation relative des cellules Th17 par rapport aux Treg compromet le contrôle de la réponse inflammatoire. Les cellules Th17 produisent de l’IL-17 et de l’IL-22 ; les Treg, associées à FOXP3, contribuent quant à elles à la tolérance immunitaire. Sur le plan énergétique, les populations effectrices utilisent davantage la glycolyse et la glutaminolyse, des processus soutenus également par la signalisation mTOR.

Chez les patients atteints de LES, une hyperinsulinémie à jeun et une sensibilité réduite à l’insuline ont été observées, parfois avec une glycémie normale, durant la phase de quiescence clinique et chez les patients pédiatriques. Ces altérations ne semblent pas être exclusivement attribuables aux corticoïdes, sans que ces associations ne démontrent une causalité directe. L’hyperactivation de mTOR peut favoriser les réponses effectrices, compromettre la régulation immunitaire et être associée à une réduction de l’autophagie, à un dysfonctionnement mitochondrial et à la production d’espèces réactives de l’oxygène. Par le biais de HIF-1α, mTORC1 soutient également la glycolyse et la différenciation Th17, contribuant potentiellement à l’amplification de l’inflammation et des lésions tissulaires.

L’inhibition de mTOR par le sirolimus a montré des résultats favorables dans des modèles expérimentaux et des études cliniques, incluant des changements au niveau des Treg, de l’activité de la maladie et des auto-anticorps. Des concentrations plus faibles en vitamine D sont associées à une activité accrue du LES ; certaines études de supplémentation rapportent des modifications des populations lymphocytaires et des anticorps anti-ADN. Dans l’ensemble, ces observations indiquent que l’immunométabolisme est un domaine pertinent pour comprendre la physiopathologie du LES et approfondir des stratégies thérapeutiques ciblées, en distinguant les mécanismes expérimentaux, les associations cliniques et les bénéfices réellement démontrés. La variabilité clinique de la maladie exige toutefois une prudence particulière avant d’étendre les résultats obtenus dans des populations spécifiques à l’ensemble des patients.

Épidémiologie du lupus érythémateux

Le lupus érythémateux systémique (LES) est une maladie auto-immune chronique relativement rare, mais cliniquement très significative, qui présente certaines particularités épidémiologiques à connaître dès l'introduction. Tout d'abord, elle touche de manière nettement prédominante le sexe féminin : de nombreuses études indiquent qu'environ 85 % des cas diagnostiqués concernent des femmes. Cette forte prédilection pour le sexe féminin est l'un des traits distinctifs de la maladie.

En ce qui concerne l'âge, le lupus a tendance à se manifester principalement durant la période de fertilité : l'apparition la plus fréquente se situe entre la deuxième et la quatrième décennie de la vie. Toutefois, il est important de souligner que des cas plus précoces (à l'âge pédiatrique) ou plus tardifs (même au-delà de 50-60 ans) ne sont pas rares du tout.

En termes de prévalence, les estimations sont assez variables selon les zones géographiques, les ethnies et les critères diagnostiques utilisés, mais il est néanmoins possible de fournir des chiffres utiles pour situer l'ordre de grandeur : la prévalence standardisée (mesure de la diffusion d'une maladie) du LES est passée d'environ 63,5 à 70,6 cas pour 100 000 habitants dans une étude de cohorte, tandis qu'une autre analyse plus large souligne que l'incidence dans l'ensemble de la population se situe autour de 4 à 5 nouveaux cas en augmentation pour 100 000 personnes-années, avec un rapport beaucoup plus élevé chez les femmes que chez les hommes, environ 7,6 contre 1,9 pour 100 000 habitants.

Cet ensemble de données nous suggère que, bien qu'il ne s'agisse pas d'une pathologie « courante » au sens purement numérique, le lupus constitue une affection sur laquelle il vaut la peine de concentrer l'attention pour plusieurs raisons : la forte prédilection pour les femmes, l'âge d'apparition relativement jeune et la variabilité de la prévalence.

Déséquilibre des lymphocytes T

Dans le lupus érythémateux systémique, le système immunitaire semble perdre progressivement sa capacité à reconnaître ce qui lui appartient. C'est comme si les défenses de l'organisme, normalement vigilantes mais équilibrées, se désorientaient et commençaient à s'attaquer à ses propres tissus, déclenchant une inflammation qui s'étend à plusieurs organes. Ce déséquilibre ne naît pas de rien : à la base, il existe un trouble complexe des cellules T (cellules immunitaires qui aident à reconnaître et à combattre les infections), véritables « centrales » de contrôle de l'immunité, qui dirigent normalement la réponse immunitaire tel un chef d'orchestre. Cependant, lorsque leur coordination fait défaut, toute la symphonie du système immunitaire se transforme en un bruit chaotique et autodestructeur.

L'un des mécanismes les plus critiques de ce désordre concerne l'équilibre entre deux populations fondamentales : les cellules T helper (effectrices) et les cellules T régulatrices. En particulier, dans le lupus, les cellules T helper folliculaires (une classe de cellules T effectrices), chargées d'aider les cellules B (lymphocytes qui contribuent à la défense de l'organisme) dans la production d'anticorps, sont hyperactives, tandis que les cellules T régulatrices folliculaires (Tfr), qui contrôlent normalement leur activité, sont réduites en nombre et en fonction. Cela conduit à une augmentation du rapport Tfh/Tfr, fortement corrélé à l'activité de la maladie et aux niveaux d'auto-anticorps tels que ceux dirigés contre l'ADN, typiques du LES. Lorsque les Tfr diminuent, la production d'auto-anticorps augmente, et avec elle l'inflammation systémique. Les études les plus récentes ont démontré que les traitements efficaces, en rétablissant au moins en partie le nombre de Tfr, sont capables de réduire ce déséquilibre, signe que leur équilibre représente un indicateur sensible de l'état de la maladie (Xu et al., 2017) [1].

Parallèlement à cet axe Tfh/Tfr, un autre équilibre crucial est celui entre les cellules T helper 17 (Th17) et les cellules T régulatrices (Treg). Les Th17 peuvent être considérées comme promotrices de l'inflammation car elles sont responsables de la production de cytokines pro-inflammatoires comme l'IL-17 et l'IL-22, qui amplifient la réponse immunitaire. Les Treg, en revanche, agissent comme des régulatrices de la réponse immunitaire, capables de contenir et d'éteindre l'inflammation. Dans le lupus, cet équilibre est profondément altéré : les Th17 prévalent, tandis que les Treg perdent leur stabilité et leur pouvoir suppressif. Une telle prédominance pousse l'organisme dans un état d'inflammation chronique qui touche les reins, les articulations, la peau et le système nerveux, créant un cercle vicieux difficile à interrompre (Shan et al., 2020) [2].

Ce qui rend ce tableau encore plus complexe, c'est la découverte que le déséquilibre lymphocytaire dans le lupus n'est pas seulement un problème « de communication » entre les cellules, mais aussi de métabolisme : pour fonctionner, les cellules T s'appuient sur des voies métaboliques précises, comme un moteur qui choisit le bon carburant en fonction des besoins. Les cellules Th17 et Tfh, pro-inflammatoires, préfèrent la glycolyse, c'est-à-dire la combustion rapide du glucose, qui fournit une énergie immédiate mais favorise une activité intense et souvent destructrice. Les cellules Treg, quant à elles, privilégient un métabolisme plus « tranquille », basé sur l'oxydation des acides gras, ce qui leur permet de maintenir le calme immunologique. Dans le lupus, cependant, cette régulation s'altère : la glycolyse et la glutaminolyse (processus métabolique par lequel l'acide aminé glutamine est dégradé pour produire de l'énergie) deviennent hyperactives, la voie mTOR s'active de manière anormale et les cellules Treg perdent leur équilibre métabolique, incapables d'exercer le contrôle nécessaire. Le résultat est un système immunitaire en état d'« hyperconsommation énergétique », où les cellules inflammatoires se multiplient sans frein (Sharabi et Tsokos, 2020) [3] ; (Shan et al., 2020) [2].

Les cellules T régulatrices classiques, identifiées par les marqueurs CD4+ et CD25+ et par le facteur de transcription FOXP3+, sont également profondément impliquées dans cette perte de tolérance. Ces cellules, fondamentales pour maintenir la paix immunitaire, agissent par le biais de différents mécanismes : elles libèrent des molécules apaisantes comme l'IL-10 et le TGF-β, consomment l'IL-2 empêchant ainsi les cellules inflammatoires de croître, et modifient le métabolisme d'acides aminés clés comme le tryptophane pour bloquer la prolifération des cellules effectrices. Lorsque ces Treg diminuent ou deviennent dysfonctionnelles, l'auto-immunité se propage. Chez les patients atteints de lupus, on observe souvent cette condition précise : une diminution numérique et fonctionnelle des Treg, qui rend le système immunitaire incapable de distinguer les cellules propres des cellules étrangères (Buckner, 2010) [4].

En résumé, le lupus peut être imaginé comme le résultat d'une rupture des « poids et contrepoids » qui maintiennent l'équilibre de la réponse immunitaire. Les cellules T helper appuient trop sur l'accélérateur, tandis que les régulatrices ne parviennent plus à freiner. Pour compliquer le tout, le moteur métabolique des cellules fonctionne de manière désordonnée, alimentant l'activité inflammatoire au lieu de la tolérance. Comprendre comment rééquilibrer ces forces, en remettant les Tfr et les Treg au centre de la scène et en réduisant l'excès d'énergie des cellules pro-inflammatoires, représente aujourd'hui l'une des frontières les plus prometteuses pour restituer au système immunitaire son harmonie naturelle et, avec elle, la possibilité de contenir la maladie.

Altérations métaboliques : voie de l'insuline et insulinorésistance

Dans le lupus érythémateux systémique (LES), le dysfonctionnement immunitaire ne se limite pas à l'attaque des tissus de l'organisme : il s'étend également au métabolisme, altérant profondément la manière dont le corps gère l'énergie, les sucres et les hormones. C'est comme si, en plus du système immunitaire, le système métabolique perdait lui aussi sa capacité d'autorégulation. Ces dernières années, plusieurs recherches ont mis en évidence que la résistance à l'insuline, état dans lequel les cellules ne répondent plus efficacement à l'action de l'insuline, est étonnamment fréquente chez les patients atteints de lupus, même en l'absence de diabète manifeste.

Dès les premières études cliniques, il est apparu que les femmes atteintes de LES présentent des niveaux plus élevés d'insuline à jeun et une sensibilité réduite à l'hormone par rapport aux témoins sains, tout en conservant une glycémie normale. Cela signifie que le pancréas est contraint de « forcer davantage », en produisant plus d'insuline pour maintenir la même quantité de sucre dans le sang. Cette condition, appelée hyperinsulinémie compensatoire, est un signe précoce de résistance à l'insuline et représente un terrain favorable au développement futur d'un syndrome métabolique et de maladies cardiovasculaires. Ce n'est pas un hasard si, chez de nombreuses patientes atteintes de lupus, on a également constaté des niveaux plus élevés de triglycérides et de cholestérol LDL oxydé, des facteurs qui augmentent davantage le risque d'athérosclérose (El Magadmi et al., 2006) [5].

De la même manière, une étude menée sur 58 femmes atteintes de lupus a confirmé que la résistance à l'insuline et les anomalies de la sécrétion d'insuline ne dépendent pas nécessairement de la gravité de la maladie ou de la présence d'auto-anticorps spécifiques. Même chez des sujets présentant une maladie cliniquement légère ou quiescente, c'est-à-dire temporairement inactive mais prête à se réactiver, on observe des valeurs élevées de HOMA-IR (indice utilisé pour estimer la résistance à l'insuline et la fonctionnalité des cellules β pancréatiques) et d'insuline à jeun, des indices qui témoignent d'une efficacité réduite du système insuline-glucose. Il est intéressant de noter que cette condition ne s'explique pas non plus par l'utilisation de corticostéroïdes, souvent accusés d'altérer le métabolisme, mais semble intrinsèque à la pathologie elle-même (Tso et al., 2004) [6].

Une confirmation encore plus surprenante provient d'études menées sur des enfants et des adolescents atteints de lupus juvénile. Même dans cette population, jeune et apparemment « protégée » des troubles métaboliques, une résistance marquée à l'insuline a été constatée par rapport à des pairs en bonne santé. Cette condition n'était corrélée ni à la durée de la maladie ni au traitement, ce qui suggère que la sensibilité réduite à l'insuline pourrait contribuer à alimenter l'inflammation chronique typique du lupus. C'est comme si le dysfonctionnement insulinique générait un « bruit de fond » métabolique constant qui maintient les processus inflammatoires actifs, empêchant l'organisme de retrouver un équilibre physiologique (Tarçın et al., 2022) [7].

Comprendre ce lien entre le lupus et le métabolisme insulinique ne signifie pas seulement expliquer une altération biochimique, mais saisir un aspect central de la maladie elle-même : l'échec de la régulation, principalement hormonale puis immunitaire. C'est dans cette double perte d'équilibre, du système énergétique et de celui de la défense, que le lupus montre toute sa complexité et, peut-être, une clé possible pour de nouvelles stratégies thérapeutiques capables d'intervenir non seulement sur l'inflammation, mais aussi sur le métabolisme qui la soutient.

mTOR comme nœud central

Dans le panorama complexe du lupus érythémateux systémique, la voie de signalisation mTOR émerge comme un pivot décisif, agissant presque comme un « directeur métabolique » qui régule la vie et le destin des cellules immunitaires. L’activité de cette protéine kinase, qui, dans des conditions physiologiques, sert de capteur de nutriments et de régulateur de la croissance cellulaire, apparaît profondément altérée dans le lupus, où l’on observe une hyperactivation constante : c’est comme si l’interrupteur contrôlant la croissance et la consommation énergétique des cellules restait bloqué sur « allumé », alimentant ainsi l’inflammation par le biais des lymphocytes effecteurs et la perte de tolérance immunologique via la réduction des cellules T régulatrices.

La voie mTOR agit, en effet, comme une sorte de « centrale bioénergétique » qui décide si une cellule T doit devenir un promoteur de l’inflammation (Th1, Th17) ou un élément régulateur et pacificateur (Treg). Lorsque mTOR est hyperactif, les cellules T effectrices sont encouragées à proliférer et à produire des cytokines inflammatoires, tandis que les cellules T régulatrices perdent leur stabilité et leur fonction. Ce renversement des rôles contribue à une condition d’« anarchie immunitaire », dans laquelle les cellules qui devraient freiner l’agression immunitaire deviennent trop faibles pour le faire (Delgoffe et al., 2009) [8] ; (Zhao et al., 2022) [9].

Dans le lupus, la dérégulation de mTOR ne se limite pas aux cellules T : elle affecte l’équilibre métabolique global du système immunitaire, impliquant les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule, et les processus d’autophagie, qui éliminent normalement les composants cellulaires endommagés. Lorsque mTOR est hyperactif, l’autophagie diminue, les mitochondries deviennent dysfonctionnelles et commencent à produire des quantités excessives de radicaux libres (ROS), générant un environnement pro-inflammatoire persistant. Cette condition altère le métabolisme cellulaire et favorise la survie de cellules autoréactives qui continuent de reconnaître les tissus de l’organisme lui-même comme « étrangers » (Robinson et al., 2022) [10] ; (Saadh et al., 2023) [11].

La différenciation des cellules T helper et la production d’anticorps par les cellules B sont également influencées par ce déséquilibre. L’activation excessive de mTORC1 favorise la prolifération lymphocytaire et la sécrétion de cytokines inflammatoires, amplifiant ainsi la cascade auto-immune. Parallèlement, la réduction de l’autophagie empêche l’élimination correcte des fragments cellulaires et nucléaires, qui deviennent des cibles pour la formation d’auto-anticorps. En d’autres termes, mTOR, qui devrait réguler avec précision l’énergie et la différenciation cellulaire, se transforme en un accélérateur de la dysfonction immunitaire (He et al., 2020) [12].

L’impact de cette voie est si omniprésent que certains auteurs ont proposé de considérer le lupus comme une « maladie liée à l’hyperactivité de mTOR ». Cette définition, bien que simplifiée, aide à comprendre la profonde interconnexion entre métabolisme et immunité : l’inflammation chronique n’est pas seulement une réponse anormale du système immunitaire, mais aussi le reflet d’un métabolisme énergétique hors de contrôle, dans lequel les cellules consomment excessivement de l’oxygène et des nutriments sans parvenir à revenir à un état de repos.

Un autre élément crucial est la capacité de mTOR à intégrer les signaux provenant du microenvironnement : le glucose, les acides aminés, les lipides et les facteurs de croissance agissent comme des messages qui orientent le choix des cellules T entre un destin pro-inflammatoire et un destin régulateur. Lorsque ces signaux sont altérés, comme c’est le cas dans le lupus, mTOR reçoit des instructions erronées et pousse les cellules vers une prolifération incontrôlée. Il se crée ainsi un « dialogue faussé » entre métabolisme et immunité, où chaque erreur énergétique se traduit par une erreur immunologique (Fernandez et Perl, 2010) [13].

La découverte de ces mécanismes a également eu une retombée thérapeutique importante : des médicaments comme la rapamycine, initialement développée comme immunosuppresseur, se sont révélés capables d’« éteindre » sélectivement la voie mTOR, rétablissant l’équilibre du système immunitaire. L’inhibition de mTORC1 par la rapamycine favorise en effet l’expansion des cellules T régulatrices et la réduction des cellules effectrices, atténuant l’activité inflammatoire et améliorant les paramètres cliniques chez les patients atteints de lupus réfractaire aux thérapies conventionnelles. De plus, les effets antioxydants et antifibrotiques de la rapamycine contribuent à protéger les organes cibles, comme les reins et la peau, souvent endommagés par la maladie (Zhao et al., 2022) [9] ; (Fernandez et Perl, 2010) [13].

Ces preuves suggèrent que mTOR n’est pas seulement un acteur parmi d’autres, mais une sorte de « réalisateur moléculaire » de la pathogenèse du lupus : il régule l’activité des cellules T et B, module le métabolisme énergétique et gouverne les processus de survie et de différenciation cellulaire ; lorsque cette mise en scène est altérée, le système immunitaire tout entier perd sa synchronisation, générant la disharmonie que nous reconnaissons comme une auto-immunité. Rétablir l’équilibre de mTOR, par conséquent, ne signifie pas simplement supprimer l’inflammation, mais remettre de l’ordre dans le dialogue interrompu entre métabolisme et système immunitaire, en redonnant au corps la capacité de se reconnaître et de se protéger sans s’autodétruire.

Inhibiteurs de mTOR

Ces dernières années, l’inhibition de la voie mTOR a représenté l’une des découvertes les plus prometteuses dans la gestion des maladies auto-immunes, en particulier du lupus érythémateux systémique. Après des décennies où les traitements reposaient presque exclusivement sur les corticoïdes et les immunosuppresseurs non spécifiques (médicaments qui réduisent une réponse immunitaire excessive), la rapamycine et son analogue, le sirolimus, ont ouvert un nouveau chapitre thérapeutique : il ne s'agit plus de simplement supprimer le système immunitaire, mais de le reprogrammer vers l'équilibre.

Le principe à la base de ces médicaments est aussi simple qu'élégant : moduler la voie de signalisation de mTOR, le « contrôleur métabolique » des cellules immunitaires, pour réduire l'hyperactivité des cellules effectrices et favoriser la récupération des cellules régulatrices. Chez les patients atteints de lupus, en effet, mTOR agit comme un accélérateur bloqué au maximum : les cellules T inflammatoires prolifèrent sans frein, tandis que les cellules T régulatrices (Treg), celles chargées de maintenir la tolérance immunologique, sont peu nombreuses et inefficaces. En inhibant mTOR, la rapamycine éteint cet excès d'énergie et rétablit le silence biologique nécessaire à la tolérance (Battaglia et al., 2012) [14].

Dès les années 90, des expériences menées sur des modèles murins (études menées sur des rongeurs) avaient montré des résultats surprenants : chez les souris prédisposées au lupus, le traitement par la rapamycine prolongeait non seulement la survie, mais arrêtait également les altérations pathologiques au niveau des reins, du foie et des poumons, réduisant radicalement les taux d'auto-anticorps et les lésions inflammatoires diffuses (Warner et al., 1994) [15]. Dans ces études pionnières, les animaux traités montraient un retour presque à la normale des paramètres immunologiques, comme si le système avait « retrouvé » son équilibre correct.

Des années plus tard, les mêmes effets ont été confirmés chez l'être humain : chez des patients atteints de lupus réfractaire, c'est-à-dire résistants aux traitements conventionnels, la rapamycine a entraîné une nette amélioration clinique, avec une réduction de l'activité de la maladie et une diminution significative de la dose de corticoïdes nécessaire pour maintenir le contrôle. Plus intéressant encore, la rapamycine a normalisé le flux de calcium dans les cellules T, un paramètre étroitement lié à leur hyperactivation, suggérant un effet profond sur le métabolisme cellulaire et non seulement sur l'inflammation superficielle (Fernandez et al., 2006) [16].

L'un des aspects les plus pertinents ressortant de ces recherches est la capacité du sirolimus à multiplier les cellules T régulatrices CD4+ et CD25+, ainsi que le facteur de transcription FOXP3+, considérés comme le pivot de la tolérance immunitaire. In vitro, la rapamycine permet de multiplier ces cellules tout en conservant leur phénotype, c'est-à-dire l'ensemble des caractéristiques visibles et fonctionnelles d'un individu, et leur fonction suppressive, un résultat qui a ouvert la voie à des applications potentielles dans les thérapies cellulaires personnalisées pour les maladies auto-immunes (Battaglia et al., 2012) [14].

Les preuves cliniques les plus robustes proviennent d'études prospectives et de méta-analyses menées sur des patients adultes et pédiatriques : dans plusieurs essais, le sirolimus a entraîné une réduction significative de l'indice d'activité SLEDAI (indice créé pour fournir une évaluation objective et reproductible de l'activité du LES), une amélioration des taux de complément C3 et C4 (protéines plasmatiques du système immunitaire qui participent à la défense contre les infections et à la régulation de l'inflammation) et une diminution des auto-anticorps anti-ADN, tous indicateurs d'un contrôle immunologique efficace (Peng et al., 2020) [17] ; (Ji et al., 2020) [18]. Parallèlement, les patients ont pu réduire de manière consistante l'utilisation de prednisone (médicament à puissante action anti-inflammatoire) en moyenne de 10 à 13 mg par jour, limitant ainsi les effets secondaires à long terme des corticoïdes, l'une des priorités thérapeutiques dans la gestion du lupus.

Même chez les enfants atteints de lupus à début précoce, le sirolimus s'est révélé efficace et bien toléré : dans une étude sur des patients pédiatriques, le médicament a réduit de manière significative l'activité de la maladie, amélioré les paramètres immunologiques et permis une économie marquée de stéroïdes, sans enregistrer d'événements indésirables graves (Zhang et al., 2022) [19]. Les quelques cas d'infections mineures rapportés se sont résolus spontanément, confirmant un profil de sécurité favorable.

Un domaine particulièrement intéressant est celui du lupus cutané réfractaire, où la rapamycine a montré sa capacité à réduire les lésions inflammatoires et à améliorer la qualité de la peau, même dans les cas les plus résistants. Chez un patient atteint de lupus érythémateux discoïde généralisé, une forme sévère et peu réactive aux thérapies conventionnelles, le traitement par sirolimus a conduit à une amélioration évidente après seulement quelques semaines, sans effets secondaires notables (Herold et al., 2018) [20]. Ces résultats suggèrent que les inhibiteurs de mTOR n'agissent pas seulement sur les cellules circulantes du système immunitaire, mais aussi au niveau des tissus, où ils régulent l'activité inflammatoire locale et la réponse cutanée.

Dans les cas de néphrite lupique, l'une des complications les plus graves de la maladie, le sirolimus a montré une efficacité comparable à celle du mycophénolate mofétil (médicament immunosuppresseur qui inhibe la prolifération des lymphocytes T et B), le standard thérapeutique actuel. Dans une étude portant sur plus de cent patients, les deux traitements ont eu des effets similaires sur la maladie, mais le sirolimus a montré certains avantages et une meilleure sécurité, sans effets indésirables graves (Bai et al., 2025) [21].

La combinaison de ces résultats expérimentaux et cliniques confirme que les inhibiteurs de mTOR ne sont pas simplement des médicaments immunosuppresseurs, mais de véritables modulateurs de l'équilibre immunométabolique. Ils n'éteignent pas le système immunitaire, mais le « rééduquent » à reconnaître la limite entre défense et autodestruction. Leur efficacité dans le lupus, et l'intérêt croissant pour leur utilisation dans d'autres pathologies auto-immunes, représentent le passage d'une médecine du confinement à une médecine du rétablissement.

En définitive, la rapamycine et le sirolimus offrent une vision nouvelle du traitement des maladies auto-immunes : une thérapie capable de parler le langage des cellules, de corriger les erreurs de leur métabolisme et de restituer au système immunitaire la possibilité de s'autoréguler. Dans cette perspective, l'inhibition de mTOR n'apparaît pas seulement comme une stratégie thérapeutique, mais comme une tentative de rétablir l'équilibre dans le dialogue interrompu entre immunité et fonction biologique.

mTOR, HIF-1α et reprogrammation métabolique des cellules du système immunitaire

Dans le lupus érythémateux systémique, l’activation persistante de mTOR peut contribuer à la perte de l’équilibre immunologique par le biais de l’activation de HIF-1α. mTOR représente en effet l’un des principaux capteurs métaboliques de la cellule et, lorsqu’il est stimulé de manière persistante, il favorise un programme anabolique et glycolytique compatible avec l’activation des lymphocytes effecteurs. HIF-1α constitue l’un des effecteurs centraux de ce programme : il augmente l’expression de gènes glycolytiques et soutient la différenciation des cellules Th17, tandis qu’un profil métabolique moins dépendant de la glycolyse favorise davantage le compartiment régulateur. Dans le LES, cette relation revêt une importance particulière car mTOR et HIF-1α sont tous deux altérés dans les cellules T, créant les conditions d’un déséquilibre Th17/Treg et du maintien de l’inflammation auto-immune.

L’une des démonstrations mécanistiques les plus directes a été fournie en 2022 : des chercheurs ont identifié SIRT2 (une enzyme qui contribue à la régulation du métabolisme et des fonctions cellulaires) comme régulateur de la différenciation Th17 dans les cellules T CD4+. SIRT2 favorisait l’activation de la séquence mTORC1–HIF-1α, augmentant ainsi la différenciation Th17 et la production d’IL-17A. Dans les cellules T de patients atteints de LES, SIRT2 était augmentée et son inhibition pharmacologique réduisait la capacité à générer des cellules Th17. Chez les souris génétiquement prédisposées à développer une maladie de type lupique, le blocage de SIRT2 atténuait également la maladie auto-immune. Cette étude fournit donc une preuve particulièrement importante de la présence fonctionnelle de l’axe mTORC1→HIF-1α→Th17 dans le lupus (Hisada et al., 2022) [22].

La même année, une seconde étude a analysé directement HIF-1α dans les lymphocytes T de patients atteints de LES : l’expression de ce facteur de transcription était significativement augmentée dans les cellules T CD4+, tant au niveau de l’ARNm que de la protéine. De plus, HIF-1α était particulièrement élevé dans les conditions favorisant la différenciation Th17 ; sa surexpression expérimentale dans les lymphocytes T murins augmentait en effet la génération de cellules Th17. Chez les patients, l’expression de HIF-1α était positivement corrélée avec des gènes impliqués dans la glycolyse et avec le programme IL-17. Ces résultats placent HIF-1α comme un effecteur métabolique directement impliqué dans l’expansion du compartiment Th17 dans le lupus (Liao et al., 2022) [23].

Une contribution importante à la compréhension du métabolisme en amont de HIF-1α a été fournie par d’autres chercheurs en 2019 : dans le même type de souris que celles observées précédemment, l’inhibition de la glutaminase 1 (enzyme qui permet à la cellule d’utiliser métaboliquement la glutamine) réduisait la glycolyse, l’expression de la protéine HIF-1α et la différenciation Th17, s’accompagnant d’une amélioration de la pathologie auto-immune. Le même traitement appliqué aux cellules T provenant de patients atteints de LES diminuait la différenciation Th17. Les expériences de silençage génétique confirmaient en outre que la réduction de HIF-1α représentait une étape par laquelle l’inhibition de la glutaminolyse limitait la glycolyse et l’activité Th17. L’étude démontre donc à quel point HIF-1α est étroitement intégré au métabolisme pathologique des lymphocytes T dans le lupus (Kono et al., 2019) [24].

Le rôle du nœud situé en amont avait déjà été mis en évidence des années auparavant par d’autres chercheurs, en analysant directement les lymphocytes T de patients atteints de LES : l’activité de mTORC1 était augmentée et associée à une expansion des cellules Th17 et des cellules T CD4+CD8+ (cellules effectrices), tandis que la population Treg était réduite.

L’importance pathologique de HIF-1α a enfin été confirmée au niveau tissulaire en 2023. Dans un modèle de lupus cutané, les lymphocytes T CD4+ et CD8+ infiltrant la peau exprimaient des niveaux élevés de HIF-1α et présentaient un programme cytotoxique marqué (ensemble de mécanismes qui permettent aux cellules immunitaires d’éliminer des cellules dangereuses). L’inhibition de HIF-1α réduisait l’activité cytotoxique des cellules T et atténuait à la fois la maladie cutanée et les manifestations systémiques. Dans les tissus de patients atteints de lupus cutané, les infiltrats lymphocytaires montraient également une activité élevée de HIF-1α. Ce facteur de transcription apparaît donc non seulement comme un régulateur métabolique, mais comme un effecteur directement impliqué dans les lésions tissulaires du lupus (Little et al., 2023) [25].

Dans l’ensemble, ces preuves permettent de reconstruire une séquence cohérente. Dans le LES, différents stimuli métaboliques et immunologiques favorisent l’activation de mTOR, qui en aval soutient HIF-1α, augmente la glycolyse et favorise la différenciation des cellules Th17. L’augmentation de l’IL-17 et la réduction relative concomitante du compartiment Treg contribuent donc à la perte de la tolérance immunologique. HIF-1α peut en outre soutenir des programmes cytotoxiques dans les cellules T infiltrant les tissus, contribuant directement aux lésions d’organes. Se dessine ainsi un axe pathogénétique particulièrement pertinent : activation de mTOR → augmentation de HIF-1α → glycolyse → Th17 → IL-17 → amplification de l’auto-immunité et des lésions tissulaires dans le lupus érythémateux systémique.

La vitamine D comme modulateur immuno-métabolique

L'interaction complexe entre le métabolisme, le système immunitaire et l'inflammation dans le lupus érythémateux systémique ne se limite pas à l'altération des principales hormones métaboliques. Un autre protagoniste, souvent silencieux mais crucial, entre en scène : la vitamine D. Ces dernières années, cette vitamine s'est imposée comme l'une des molécules les plus étudiées dans le contexte des maladies auto-immunes, jouant un rôle qui dépasse largement le cadre traditionnel du métabolisme du calcium et des os. Elle agit comme une véritable hormone immunomodulatrice, capable d'influencer profondément le comportement des cellules du système immunitaire et de maintenir l'équilibre entre inflammation et tolérance. Dans des conditions normales, la vitamine D régule de manière silencieuse mais constante l'activité des cellules T et B, favorisant une réponse contrôlée et empêchant le système de défense de se retourner contre l'organisme lui-même. Cependant, lorsque ses niveaux diminuent, cet équilibre se rompt et l'auto-immunité trouve un terrain fertile pour se développer.

Une vaste méta-analyse a confirmé que les patients atteints de lupus érythémateux systémique présentent des niveaux significativement plus bas de 25-hydroxyvitamine D, indépendamment de l'âge, du traitement ou de la saison. Le déficit en vitamine D s'est révélé non seulement plus fréquent chez les patients que chez les sujets sains, mais également étroitement corrélé à la gravité de la maladie : plus les valeurs de 25(OH)D sont basses, plus l'indice d'activité du lupus (SLEDAI) est élevé (Guan et al., 2019) [26]. Une autre méta-analyse portant sur plus de deux mille patients a confirmé la même tendance : la carence en vitamine D augmente de manière significative le risque de développer un lupus et aggrave la progression de la maladie, tandis que sa suffisance est associée à une activité inflammatoire moindre et à une évolution clinique plus stable (Islam et al., 2019) [27].

Les études multicentriques européennes ont apporté des confirmations supplémentaires : en analysant près de quatre cents patients, certains chercheurs ont démontré une corrélation inverse entre les niveaux sériques de vitamine D et l'activité du lupus : chaque diminution de la concentration de 25-OH-vitamine D s'accompagnait d'une augmentation du score d'activité de la maladie, suggérant que la vitamine D agit comme une sorte de « frein biologique » sur le système immunitaire (Amital et al., 2010) [28]. Les fluctuations saisonnières influencent également l'évolution de la pathologie : les niveaux de vitamine D ont tendance à diminuer en hiver, période durant laquelle les patients montrent une probabilité plus faible d'atteindre un état de faible activité de la maladie (LLDAS), tandis qu'en été, avec une exposition solaire accrue, les chances de contrôle clinique s'améliorent sensiblement (Kim et al., 2024) [29].

Sur le plan immunologique, la vitamine D se comporte comme un modulateur fin du dialogue entre les cellules T régulatrices (Treg) et les cellules Th17, deux populations qui représentent respectivement l'équilibre et la poussée inflammatoire du système immunitaire. Chez les enfants atteints de lupus à début précoce, il a été observé que des niveaux bas de 25(OH)D sont associés à une prévalence de cellules Th17 et à un nombre réduit de Treg, avec un rapport Th17/Treg déséquilibré en faveur de l'inflammation. À l'inverse, des concentrations plus élevées de vitamine D rétablissent l'équilibre, augmentant les cellules régulatrices et réduisant la production de cytokines pro-inflammatoires telles que l'IL-17, l'IL-6 et le TNF-α (Jiang et al., 2023) [30]. Cet effet peut être interprété comme un véritable « réinitialisation » (reset) du système immunitaire, qui recommence à distinguer le tissu natif du corps étranger.

D'un point de vue clinique, la supplémentation en vitamine D a démontré sa capacité à rétablir l'homéostasie immunologique, même chez les patients présentant une hypovitaminose documentée. Dans une étude prospective, après six mois de supplémentation, les niveaux de 25(OH)D ont augmenté de manière significative, s'accompagnant d'une croissance des cellules Treg et d'une réduction des Th1 et Th17, ainsi que d'une baisse des titres d'anticorps anti-ADN, signe d'un meilleur contrôle de la maladie. Le traitement s'est avéré bien toléré, sans poussées ni effets indésirables significatifs (Terrier et al., 2012) [31].

En résumé, la vitamine D agit comme un médiateur universel de l'équilibre immunitaire et métabolique ; en effet, comme nous l'avons vu au chapitre 6 consacré au système immunitaire, par la modulation de mTOR, elle réduit la production de médiateurs inflammatoires, limite la prolifération anormale des lymphocytes T effecteurs et stimule la production de lymphocytes T régulateurs, des processus centraux dans la pathogenèse de la maladie. Cet effet régulateur favorise un meilleur contrôle de la réponse immunitaire, prévenant l'agression auto-immune contre les tissus.

Rétablir des niveaux adéquats de vitamine D signifie, en un sens, restituer au système immunitaire sa capacité de discernement, en rééquilibrant la balance entre défense et tolérance. C'est comme redonner de la lumière à un organisme qui, en l'absence de cette molécule-hormone, opère constamment dans la pénombre.

Conclusions

Les preuves scientifiques analysées dans ce chapitre décrivent le lupus érythémateux systémique (LES) comme une pathologie auto-immune complexe dans laquelle les altérations immunologiques et métaboliques sont profondément interconnectées. La maladie touche principalement le sexe féminin, surtout pendant l'âge fertile, et présente une variabilité épidémiologique et clinique remarquable.

Le premier élément central concerne la perte d'équilibre entre les populations lymphocytaires. Dans le LES, l'augmentation du rapport Tfh/Tfr favorise l'activation des lymphocytes B et la production d'auto-anticorps, tandis que le déséquilibre Th17/Treg détermine la prédominance d'une réponse pro-inflammatoire. Les cellules Th17 produisent des médiateurs inflammatoires tels que l'IL-17 et l'IL-22, tandis que les Treg, normalement responsables du maintien de la tolérance via FOXP3 et des médiateurs régulateurs, sont réduites ou fonctionnellement compromises. Cette altération possède également une composante métabolique : les populations effectrices utilisent davantage la glycolyse et la glutaminolyse, tandis que l'activation anormale de mTOR contribue au maintien de leur phénotype inflammatoire.

À ce tableau s'associent d'importantes altérations du métabolisme insulinique : les recherches documentent chez les patients atteints de LES des niveaux plus élevés d'insuline à jeun et une sensibilité insulinique réduite, observables même avec une glycémie normale, dans les formes cliniquement quiescentes et même chez les patients pédiatriques. Ces observations démontrent que le dysfonctionnement insulinique peut être présent indépendamment d'un diabète manifeste et ne semble pas explicable uniquement par l'utilisation de corticostéroïdes, renforçant l'existence d'une composante métabolique importante de la maladie.

Le principal point de convergence entre la régulation métabolique et immunitaire est représenté par mTOR : son hyperactivation favorise les cellules T effectrices et compromet le compartiment régulateur, réduit l'autophagie et s'associe à un dysfonctionnement mitochondrial et à la production de ROS. De manière cohérente, l'inhibition de mTOR par la rapamycine/sirolimus a montré des résultats significatifs dans les modèles expérimentaux et les études cliniques, favorisant l'expansion des Treg, réduisant l'activité de la maladie, les auto-anticorps anti-ADN et le besoin en corticostéroïdes. Des résultats favorables ont également été rapportés dans le lupus pédiatrique, le lupus cutané réfractaire et la néphrite lupique.

Une étape supplémentaire permet de relier mTOR à la reprogrammation métabolique via HIF-1α : les études montrent que l'axe mTORC1–HIF-1α soutient la glycolyse et favorise la différenciation Th17 ainsi que la production d'IL-17. L'inhibition des processus métaboliques qui alimentent HIF-1α réduit en revanche le phénotype Th17 et atténue la maladie expérimentale. Ce facteur transcriptionnel participe également aux programmes cytotoxiques des cellules T infiltrant les tissus. Une séquence cohérente émerge donc : mTOR → HIF-1α → glycolyse → Th17 → IL-17 → amplification de l'auto-immunité et des lésions tissulaires.

Enfin, la vitamine D apparaît comme un modulateur immunométabolique important : chez les patients atteints de LES, des concentrations inférieures de 25(OH) D sont associées à une activité accrue de la maladie et à un déséquilibre Th17/Treg. La supplémentation, chez les sujets étudiés, a augmenté les Treg, réduit les Th1 et Th17 et diminué les anticorps anti-ADN.

Dans l'ensemble, le LES apparaît donc comme le résultat d'une interaction entre altération métabolique, dérégulation de mTOR et HIF-1α, reprogrammation énergétique des cellules immunitaires et perte de tolérance, soulignant dans l'immunométabolisme une clé fondamentale pour interpréter la pathogenèse et les nouvelles possibilités thérapeutiques de la maladie.

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